Rencontre : Edoardo Tresoldi

Portrait | 14 SEPT 2017

LE BON MARCHÉ DONNE CARTE BLANCHE À L'ARTISTE ITALIEN EDOARDO TRESOLDI POUR LA CRÉATION D' « AURA »

Dans le cadre de l’exposition « La Famiglia Rive Gauche », nous avons rencontré l’artiste milanais Edoardo TRESOLDI, invité du Bon Marché Rive Gauche, pour son exposition carte blanche : « Aura ». Jusqu’au 22 octobre 2017 il expose, sous les verrières centrales du magasin, deux installations monumentales en treillis métallique et en tôle, composées d’éléments fragmentés se déployant dans l’espace.

L’HOMME, L’ESPACE ET LA TRANSPARENCE

Comment avez-vous imaginé votre projet au sein du Bon Marché ?


J’ai voulu utiliser l’architecture du Bon Marché comme un langage me permettant de raconter la relation entre l’homme et l’espace. Je veux montrer de quelle façon extraire l’essence d’une construction, et évoquer simplement le vide à travers une ossature décharnée, comme si elle n’était que la peau restante du bâtiment, faite à partir de matériaux industriels. J’ai beaucoup aimé l’idée de pouvoir faire évoluer mes œuvres ailleurs que dans un espace d’exposition conventionnel, dans un espace peu commun, à travers un autre type de langage, en jouant avec les deux grands atriums jumeaux du Bon Marché.


La transparence semble tenir une grande place dans vos créations. Pouvez-vous nous en parler ?


Je crois que la transparence, le vide et l’absence sont des notions très intéressantes à explorer, en particulier à notre époque où la société est instable et en perpétuel changement. L’être humain lui-même ne cherche pas à se définir. L’idée est de pouvoir raconter quelque chose qui n’est pas complètement défini et qui nous laisse la possibilité de penser que l’œuvre n’appartient pas à notre présent. Le fait que celle-ci ne soit pas physiquement pleine nous permet de trouver des similitudes avec elle, contrairement aux ouvrages classiques, propres à d’autres époques historiques.

Techniquement, comment cela se traduit-il ?


Pour exprimer la transparence, j’utilise principalement le treillis métallique, car il me permet de construire de grandes œuvres. Je commence également à explorer d’autres matériaux qui sont des dérivés de l’architecture spontanée, comme la tôle métallique utilisée pour créer des cabanes de fortune : c’est un matériau pauvre mais qui se révèle être un très bon choix pour fusionner avec une structure architecturale plus élaborée, comme par exemple avec des ouvrages d’architecture classique.


Quel est votre processus de création ?


Ces dernières années, en m’intéressant au langage de l’architecture, j’ai fini par me rapprocher de l’archéologie et du lien triangulaire qui existe entre l’homme, l’espace et le temps. Le temps transforme en ruines des constructions initialement fonctionnelles. Dans mon processus créatif, j’essaye d’analyser l’architecture et de la décomposer tout en conservant l’aspect poétique que peut avoir une ruine.


Pouvez-vous parler du lien qu’aurait votre œuvre, créée spécialement pour le Bon Marché, avec « La famille », thème majeur de l’exposition ?


Je travaille avec mon équipe depuis un moment. Celle-ci est devenue, pour moi, une seconde famille : nous avons recréé un noyau familial, nous travaillons ensemble, mangeons ensemble… Le fait que mon équipe ait accepté de travailler avec moi me fait également penser à la seconde famille que l’on choisit, au cœur du travail artisanal…Mais ça…ce n’est pas à moi de le dire..!

Le rôle de l’artiste est d’analyser et déchiffrer les langages du présent et de réussir à les retranscrire de façon poétique dans sa proposition artistique. Edoardo Tresoldi

LES SECRETS DE LA CRÉATION D'« AURA », DES CROQUIS À L'OEUVRE INSTALLÉE EN MAGASIN