RENCONTRE : INDIA MAHDAVI

Portrait | 25 AVRIL - 25 MAI

RENCONTRE AVEC L'ARCHITECTE D'INTÉRIEUR ET CRÉATRICE INDIA MAHDAVI

En 2016, India Mahdavi a créé pour Vitra une installation sur le thème d'Alice au Pays des Merveilles dans la VitraHaus, son espace dédié à la création en Allemagne.
Présentée de mars 2016 à janvier 2018, découvrez un extrait de cette exposition au Bon Marché Rive Gauche en exclusivité du 25 avril au 25 mai
. Inspirée par le conte de Lewis Carroll, India Mahdavi a tapissé de rose le mobilier des plus grands designers édités par Vitra et inverse les rapports d’échelles.


Internationalement renommée, notamment pour ses collaborations avec Ladurée, Red Valentino ou encore Sketch, restaurant le plus instagrammé en 2017, India Mahdavi développe des créations qui remettent sur le devant de la scène un design coloré, et qui exprime une certaine perspective du bonheur. Chaque jour il se vend un exemplaire de son iconique tabouret Bishop dans son fief Rive Gauche, rue Las Cases : preuve d'un succès immense.


Rencontre avec India Mahdavi qui nous parle de sa vision du design et nous confie la genèse de sa collaboration avec Vitra, exposée au Bon Marché Rive Gauche pendant toute la durée du pop up, au 1er étage du magasin.


India Mahdavi © Claire Israel

Quand Vitra vous a donné carte blanche, vous avez choisi de réinterpréter Alice au Pays des Merveilles à la VitraHaus. Était-ce une façon de donner vie au monde imaginaire qu’on se créé quand on est enfant ?


J'ai proposé à Nora Felhbaum (PDG de Vitra) de créer un double contraste étonnant : d'abord de féminiser certaines pièces en recouvrant de rose toutes les créations de designers essentiellement masculins comme Charles et Ray Eames, à Prouvé, en passant par les Bouroullec. Ensuite, de donner une dimension onirique à ce mobilier que l’on voit souvent dans des univers assez impersonnels.


Qu’est ce qui vous a inspiré chez Vitra ?


En premier lieu, le bâtiment de la VitraHaus dessiné par Herzog et Meuron, qui est très reussi, et la salle du 4e étage, très inspirante par sa configuration et ses extrémités vitrées qui cadrent le doux paysage de la frontière suisse allemande – on est déjà dans un semi-rêve.
Mais ma grande source d'inspiration reste évidemment les collections de Vitra qui sont iconiques dans leur ensemble.


Alice au Pays des Merveilles, VitraHaus © Courtesy of Vitra

De quelles pièces Vitra êtes-vous partie pour concevoir cette histoire ?


Des nombreuses pièces iconiques : la Wire Chair des Eames, le sofa Alcove Plume des Bouroullec, ou encore la table EM de Jean Prouvé – mais également de celles qui pouvaient avoir une finition s'approchant du rose ou rose pâle. Sans oublier celles qui offraient une certaine rondeur et qui pouvait s’apparenter au rêve d’Alice, comme l’ Eléphant des Eames. La force d’une scénographie, c’est selon moi de pouvoir transporter un objet dans une nouvelle histoire.


Lorsque l'on pense au « style India Mahdavi » , on a en tête du rose, du velours, de la rondeur. Pourtant, vos créations possèdent quelque chose de presque viril. Comment créez-vous ce contraste entre féminité et masculinité?


J’essaie d’apporter à travers mon métier la sincérité, la joie, la rencontre parfois dangereuse de certaines couleurs, la poésie d’une courbe, l'équilibre masculin/féminin. D’où ce sentiment de contrastes, qui est en réalité l’expression de ce que je suis, polyglotte et polychrome. Je suis architecte de formation et j’aime donner de la structure aux lieux que je dessine tandis que la couleur ne vient que renforcer ou contraster un propos.


Alice au Pays des Merveilles, VitraHaus © Courtesy of Vitra

La force d’une scénographie, c’est de pouvoir transporter un produit dans une nouvelle histoire.

Pour la première fois, on retrouve votre mythique tabouret Bishop au Bon Marché Rive Gauche. Comment cette pièce est-elle née ?


Son histoire est amusante : en 1999, je l’ai dessiné à l’origine dans une version haute pour une boîte de nuit, à New York, et je l’aimais tellement que j’en ai fait une version en bois, avec une assise plus basse. Pour un projet d’hôtel ensuite, (le Condesa DF à Mexico en 2003) j'ai voulu adapter le Bishop pour l’extérieur, et c’est ainsi qu’est née la version en céramique. Ni tout à fait tabouret, ni tout à fait guéridon, hors proportions, le Bishop se décline désormais en 18 couleurs. Il fait partie des best-sellers et il s'en vend actuellement un par jour. En 2017, il a officiellement fait son entrée dans la collection permanente du Musée des Arts Décoratifs à Paris!


L’un de vos derniers projets, le restaurant Sketch à Londres a été en 2017 le restaurant le plus photographié sur Instagram, et on remarque sur ces photos que nombreux sont les clients qui se sont habillés pour aller avec le lieu. Existe-t-il à votre sens une véritable relation entre design et mode ?


Au Sketch, ma première envie fut que tout devienne rose. Dans ce lieu, chaque espace possède un rythme, et c’est ma réaction au lieu qui m’a donné envie de créer cet endroit unique. Depuis, le rose est devenu une couleur très à la mode, traitée en all over*. Je pense cependant que le design et la mode ne peuvent être confondus, bien qu'ils entretiennent des relations complices, liées à une même vision de l’époque.
*afficher une seule couleur


Le tabouret Bishop © Bon Marché Rive Gauche

Justement, comment le digital a-t-il influencé le design et l’architecture d’intérieur ? En d’autres termes, est-ce qu’aujourd’hui, un architecte d’intérieur doit penser un espace « Instagram friendly »* ?


On ne peut bien évidemment pas travailler en dehors de ce contexte digital et numérisé. Instagram est très important, et les réseaux sociaux contribuent bien sûr à la notoriété d'un nom comme le mien. Cela dit, le danger est la saturation d'images qui n'ont rien à voir avec l'idée que je me fais de l'architecture et du design : un travail en 4D, dans lequel l'idée du confort, du toucher et de la confrontation doit être valorisée.


Comment faites-vous pour qu’on se sente bien dans les lieux que vous aménagez ? Quel est le secret d’un intérieur agréable ?


A chaque fois, c'est une rencontre. Un lieu, c'est pour moi comme une personne à laquelle j'ai envie de transmettre, d'offrir le meilleur, la joie et le bonheur.


Quels sont les projets que vous aimeriez entreprendre en 2018 ?


Tout ce que je n’ai jamais fait – car j’aurais alors l’impression d’explorer de nouveaux territoires.
*Un cliché parfait à poster sur Instagram


Restaurant Sketch © Rob Whitrow

Un lieu est pour moi comme une personne à laquelle j'ai envie de transmettre, d'offrir le meilleur, un sentiment de joie et de bonheur.

DÉCOUVREZ LA COLLABORATION ENTRE INDIA MAHDAVI ET VITRA AU 1ER ÉTAGE DU BON MARCHÉ RIVE GAUCHE