Le mot de Loïc Prigent

Entendu au Bon Marché par Loïc Prigent

L'exposition événement Entendu au Bon Marché par Loïc Prigent nous rappelle que Le Bon Marché, lieu de mode et de culture, est avant tout un lieu de vie et d'échanges, et que drôlerie et créativité sont des dons largement partagés. Loïc Prigent nous raconte. © Loïc Prigent par Gabriel de la Chapelle.

25 fév - 2 avr 2017

"Entendu au Bon Marché", ce sont des phrases entendues au Bon Marché. Pendant quelques jours, j'ai laissé traîner mes oreilles dans le plus Rive Gauche des grands magasins. Et j'ai entendu tous ceux qui font du Bon Marché un cœur de la vie parisienne. Il y a les habituées très à l'aise, les touristes en pleine découverte de la parisianité, les vendeurs chevronnés, les vendeuses avec de la gouaille, les enfants momentanément délaissés :

"Tu es perdu? Où est ta maman?
- Elle est aux chaussures!"

Il y a la légèreté, il y a la frivolité, il y a la cocasserie, il y a le bon sens. C'est une insouciance que l'on entend, on est dans un lieu à part :

"C'est un manteau sublime dans lequel rien de grave ne peut t'arriver."

Un lieu propice :

"Je me sens pas belle. J'ai besoin qu'on me mente."

Un lieu où l'on se construit des défenses et une carapace efficace :

"C'est joli ce que tu portes.
- Je sais."

La phrase assez courante et qui fait gentiment bondir le personnel c'est :

"C'est vous la caisse?"

Il a fallu qu'on me pose cette question que j'avais sans doute déjà posé pour que je réalise la drôlerie de la chose, et aussi que je passais un peu trop de temps au Bon Marché.

"Je veux un talon qui fait un beau bruit sexy quand je marche."

Oui, bien sûr, c'est évident, et on comprend exactement ce que cette cliente veut dire, de l'effet qu'elle recherche, pour elle comme pour les autres.

Il y a le monsieur très châtelain avec la voix de baryton qui tonne :

"Trouvez-moi un chandail!"

à un vendeur, et un autre à qui il ne faut pas demander sa taille :

"Mais comment voulez-vous que je le sache?"

Tous les jours, des histoires comme cette femme qui refuse de sortir au moment de la fermeture parce qu'elle doit encore trouver son écharpe et qu'elle a un avion pour Moscou le soir même.

Dans sa logique, Le Bon Marché ne doit pas fermer avant que sa nuque soit protégée du froid russe. Le Bon Marché est un univers parallèle, un monde protégé où on vise l'idéal :

"Je voudrais des gants qui montent"

demande une dame extrêmement chic. Son amie qui l'accompagne cherche "un sac pour aller au théâtre ce soir".

J'ai aussi beaucoup aimé écouté ce monsieur abandonné par son épouse sur un des fauteuils Le Corbusier au pied des escalators d'Andrée Putman. Plutôt qu'un long discours, il se contentait de ronfler paisiblement, se sentant décidément très bien au Bon Marché.

Loïc Prigent

Un lieu où l'on se construit des défenses et une carapace efficace :

"C'est joli ce que tu portes.
- Je sais."

La phrase assez courante et qui fait gentiment bondir le personnel c'est :

"C'est vous la caisse?"

Il a fallu qu'on me pose cette question que j'avais sans doute déjà posé pour que je réalise la drôlerie de la chose, et aussi que je passais un peu trop de temps au Bon Marché.

"Je veux un talon qui fait un beau bruit sexy quand je marche."

Oui, bien sûr, c'est évident, et on comprend exactement ce que cette cliente veut dire, de l'effet qu'elle recherche, pour elle comme pour les autres.

Il y a le monsieur très châtelain avec la voix de baryton qui tonne :

"Trouvez-moi un chandail!"

à un vendeur, et un autre à qui il ne faut pas demander sa taille :

"Mais comment voulez-vous que je le sache?"

Tous les jours, des histoires comme cette femme qui refuse de sortir au moment de la fermeture parce qu'elle doit encore trouver son écharpe et qu'elle a un avion pour Moscou le soir même.

Dans sa logique, Le Bon Marché ne doit pas fermer avant que sa nuque soit protégée du froid russe. Le Bon Marché est un univers parallèle, un monde protégé où on vise l'idéal :

"Je voudrais des gants qui montent"

demande une dame extrêmement chic. Son amie qui l'accompagne cherche "un sac pour aller au théâtre ce soir".

J'ai aussi beaucoup aimé écouté ce monsieur abandonné par son épouse sur un des fauteuils Le Corbusier au pied des escalators d'Andrée Putman. Plutôt qu'un long discours, il se contentait de ronfler paisiblement, se sentant décidément très bien au Bon Marché.

Loïc Prigent

Il y a la légèreté, il y a la frivolité, il y a la cocasserie, il y a le bon sens. C'est une insouciance que l'on entend, on est dans un lieu à part.