Rencontre : Hélène Morbu

Portrait | 27 août 2018

RENCONTRE AVEC HÉLÈNE MORBU, CRÉATRICE DE CÉRAMIQUES

Créatrice de céramiques, Hélène Morbu allie la simplicité des formes à la richesse des textures. À travers son travail de la matière et des couleurs, elle imagine des collections d’arts de table, de vases ou de luminaires uniques, exposées pour la première fois en exclusivité par Le Bon Marché Rive Gauche.
Hélène Morbu s’est confiée sur son travail expérimental aux frontières entre haute couture et design.

Qu’est-ce qui vous a attiré dans le travail de la céramique ?


À la différence des autres matières, le travail de la terre m’a semblé plus immédiat, concret, instinctif… peut-être du fait que l’outil principal est la main. En m’y intéressant de plus près j’ai découvert l’immense potentiel de cette matière : la diversité des techniques de façonnage, de cuisson, de traitement de surface, l’émail… Il m’a paru alors évident d’explorer ce savoir-faire en jouant avec tous ces paramètres pour développer mon propre langage.
C’est une pratique ancestrale et qui reste malgré tout empirique, c’est ce qui fait sa magie. C’est très réjouissant mais c’est aussi déconcertant car rien n’est jamais acquis, il faut apprendre à dialoguer avec la terre.


Ci-contre : collection Demi-Lune, tasses

Votre travail se divise en 3 collections : les « pièces uniques », les « petits séries » et les « luminaires ». Pouvez-vous parler des particularités de chacune ?


Je suis très attachée à l’objet utilitaire, j’ai donc commencé à développer une collection de céramiques (tasses, bols, théière…) destinée à un usage quotidien. Ces objets sont fabriqués en petites séries dans mon atelier, je les réalise au tour ou au coulage. Chaque modèle est mis au point et réalisé selon un dessin précis.


Les luminaires « UFO » sont issus d’une expérience utilisant les propriétés du moule et la transparence de la porcelaine. J’ai mis au point une façon de couler qui permet d’avoir différentes épaisseurs dans la porcelaine ce qui crée un dégradé de lumière lorsqu’on allume la suspension.


Les pièces uniques concernent mon dernier travail, plus tardif et plus expérimental. Je m’intéresse ici d’avantage aux qualités plastiques de la terre pour créer des textures assez complexes associées à un travail de terres colorées et d’émail. Ces pièces prennent pour l’instant la forme de vase, chacun étant unique ou produit en série limitée à 5 exemplaires.


Ci-contre: collection Saturne, bols en grès teinté

L’aspect de vos créations (particulièrement des pièces issues de la collection « pièces uniques ») est parfois surprenant. Par quelle technique parvenez-vous à créer des textures qui évoquent le cannage ou la dentelle ?


Les textures sont le résultat d’un processus assez simple mais qui demande beaucoup de précision, de patience et de concentration. Tout réside dans la répétition et la régularité du geste. J’utilise des outils que je fais faire, il s’agit de peignes avec différentes formes de dents. Je viens ensuite presser ou inciser des plaques de grès en déplaçant le peigne régulièrement ligne par ligne, les plaques texturées sont ensuite modelées et mise en forme à la main. Je crée aussi des contrastes entre des terres que je colore dans la masse qui restent mates et des émaux brillants. Cela complexifie encore la texture et renforce l’impression de tissage ou de cannage, la surface se met à briller ou à vibrer selon la lumière.


Ci-contre : collection Akan, vases K47, K50 et K 45.

Dans quelle mesure vos créations sont-elles inspirées par le mouvement Art Déco ?


J’ai grandi à St Quentin en Picardie, une ville dévastée après la première guerre mondiale et qui possède un beau patrimoine Art Déco grâce à la reconstruction dans les années 20. C’est un mouvement qui m’a toujours inspiré, je le trouve très audacieux avec une élégance intemporelle presque futuriste parfois. Mes créations s’en inspirent car elles résultent souvent d’association de formes géométriques élémentaires. Les formes sont nettes, précises et les couleurs franches. Attentive aux proportions et aux détails je recherche une sorte d’évidence dans mes pièces.


Ci-contre : collection Codex, vase X7

À la différence des autres matières, le travail de la terre m’a semblé plus immédiat, concret, instinctif… peut-être du fait que l’outil principal est la main.

Vous accordez une grande place à la couleur, et particulièrement au bleu, qui semble récurrent dans votre travail, notamment sur les pièces des « petites séries ». Qu’est-ce que vous inspire cette teinte?


Oui j’accorde une grande importance à la couleur qui rend l’objet plus doux, plus lumineux ou plus tonique. Les pièces utilitaires sont pensées individuellement et dans un ensemble, j’aime l’idée qu’on puisse les associer ou les empiler selon des gammes de couleur. Si le bleu est plus présent c’est que c’est une couleur sage, elle calme les autres … même un bleu électrique ne sera jamais agressif. Le bleu s’impose par sa facilité en quelque sorte, il est séduisant dans toute sa gamme, du bleu pâle à l’indigo. Je m’en rends d’autant plus compte que je travaille depuis peu les rouges et les jaunes, ce sont des couleurs plus risquées et difficiles à apprécier selon les teintes.


Ci-contre : collection "Caïro"

Pour finir, qu’est-ce que cela représente pour vous d’être exposée au Bon Marché ? Qu’est-ce que vous préférez dans le magasin ?


Le Bon Marché est une institution, cela représente une belle reconnaissance de mon travail et une fierté de voir mes pièces dans ce beau lieu à côté de grands noms du design dont j’admire le travail. Ce que je préfère c’est l’atmosphère du magasin, majestueux et calme à la fois. Les verrières avec les structures en métal sont incroyables.


Ci-contre : collection Akan, vases K12, K3 et K10